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24.02.2008
Ingrédients pour fabriquer un poème

Toi Couscous
Aux sept légumes
Regarde moi
Je te regarde
Chaque Vendredi
ou le septième jour
ce sera donc un Vendredi
Tant que tu
refuses de ne pas cuire
Sept fois
Je ne te mangerai pas
Mille et une bouches
T'attendent
Moi
J'ai tout mon temps
Couscous
aux sept l'égumes
j'attends
Et avant de te manger
je tournerai ma langue
dans ma bouche
Sept fois
J'attends
l'arrivée des autres
Un couscous
Ne se mange jamais
au singulier
Chez moi
il se conjugue
sept fois
au pluriel.
©Mohamed El jerroudi
*Recette
1 kg de poème moyen
500g de jarret de boeuf
2 navets
3 belles carottes
3 courgettes
300 g de chou
4 pommes de terre
2 d'aubergines
250 g de potiron
4 tomates
2 oignons
1 cuillère à café de safran
1 cuillère à café de piment doux
1 bouquet de coriandre
200 g de beurre ramolli
Sel, poivre
23:15 Publié dans poésie/arts | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note
21.02.2008
BEN CHEFFAJ Saad , ou les revers de l'indicible.
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© BEN CHEFFAJ Saad
BEN CHEFFAJ Saad est représentatif de divers aspects de la peinture marocaine. Actuellement, et depuis toujours, il est hanté par le désir de vaincre toute entrave, afin de construire un dialogue fructueux. BEN CHEFFAJ Saad n’est pas seulement un artiste peintre mais un intellectuel conscient de son rôle dans la société. Il a toujours combattu la laideur artistique, la bêtise humaine et la terreur de l’ignorance. Pour lui, l’artiste a des responsabilités à assumer et il est de son devoir de s’en acquitter. Aider à comprendre, interpeller, former, initier sont autant de tâches dont se serait investi un artiste. Chez le peintre, ces tâches sont une mission, et cette mission est une raison d’être.
BEN CHEFFAJ Saad ne se contente pas de contempler et de méditer mais il engage le dialogue avec lui-même et avec l’autre. Sa maîtrise d'une technique singulière et du pinceau le place dans la trempe des artistes qui ont marqué l’histoire de l’art. C’est exactement cet esprit pluriel de l’artiste qui est mis en exergue dans ses oeuvres. Il prône la différence et condamne l’indifférence meurtrière.

Revers, envers, travers. Frontières, entre-deux, écarts. Autant de termes qui énoncent l'instabilité des postures et des représentations que Saâd Ben Cheffaj nous révèle. Dans son œuvre, le bas côtoie le haut, le masculin s'incorpore au féminin et inversement, dans un monde où l'envers se frotte à l'endroit, le religieux fréquente le sexuel.
Dans sa peinture, l'image et le jeu sur le matériau visuel occupent une place centrale. Chaque tableau montre comment le dispositif pictural est construit sur un modèle de surveillance qui questionne le statut du spectateur. Une oeuvre, axée sur une technique de la transgression et du mal, précise les traits d'une esthétique poly sexuée qui exhibe la circulation des identités sexuelles, sociales et
imaginaires, en truquant les images et en piégeant l'identification visuelle.

Nul doute que cette œuvre inclassable, dérange car elle parle de l'humain, de la profusion des identités qui déstabilise les repères, de l'énergie pulsionnelle qui s'incarne dans un objet de désir qui peut être féminin, masculin ou relevant d'un troisième genre.
©Mohamed El jerroudi
20:05 Publié dans poésie/arts | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
16.02.2008
Poèmes Croisés
La langue de ma mère
Je n'ai pas vu ma mère depuis vingt ans
Elle s'est laissée mourir de faim
On raconte qu'elle enlevait chaque matin
son foulard de tête
et frappait sept fois le sol
en maudissant le ciel et le Tyran
J'étais dans la caverne
là où le forçat lit dans les ombres
et peint sur les parois le bestiaire de l'avenir
Je n'ai pas vu ma mère depuis vingt ans
Elle m'a laissé un service à café chinois
dont les tasses se cassent une à une
sans que je les regrette tant elles sont laides
Mais je n'en aime que plus le café
Aujourd'hui, quand je suis seul
j'emprunte la voix de ma mère
ou plutôt c'est elle qui parle dans ma bouche
avec ses jurons, ses grossièretés et ses imprécations
le chapelet introuvable de ses diminutifs
toute l'espèce menacée de ses mots
Je n'ai pas vu ma mère depuis vingt ans
mais je suis le dernier homme
à parler encore sa langue
©Abdellatif Laâbi
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Ecrire un poème
Je sens que je rajeunis
je suis né une deuxième fois
obsédé par la mort
J’avais oublié
de célébrer la vie et la beauté
J’écris dans un pays
dont la langue a été mutilée
où l’on vit en deçà de la vie
je m’attache à décrire
la forme d’un nuage
ou d’un cyprès
la fleur d’un amandier
Ecrire un poème
c’est rendre les choses obscures
pour qu’elles donnent de la lumière
et je m’accroche à l’espoir fou
que la vie
l’histoire,
la justice
ont encore un sens...
J’ai choisi d’être malade de poésie
Une poésie fragile
Il suffit d’un rayon de soleil
Pour qu’elle renaisse
Oui, j’écris en état de joie
Où en état de mélancolie
Pas pour survivre
simplement pour vivre
Comme un poète
qui recommencerait de zéro .
© Mohamed El jerroudi
21:10 Publié dans poésie/arts | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : Abdellatif Laâbi, Mohamed El jerroudi
14.02.2008
Les enfants du hasard

Oeuvre© Mahi Binbin.
Combien d'enfants
sont nés
par un jeu de hasard
Le solei est pour les uns
un chant brillant
pour d'autres
un morceau de pain
brûlant
Celui qui sait
reconnaître dans les yeux
d'un enfant affamé
le corps d'une femme
au sein desséché
n'osera jamais
regrader sa mère
dans les yeux.
© Mohamed El jerroudi
17:00 Publié dans poésie/arts | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : affamés, le soleil
